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"La nuit je mens..."


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J'ai mis beaucoup de temps à redécouvrir et à aimer l'œuvre d'Alain Bashung (1947-2009). J'ai entendu "Gaby oh Gaby" et "Vertige de l'amour" au tout début des années 1980 : le côté parfois explicitement sexuel de ses paroles marque forcément le préadolescent que je suis alors, même n'aillant pas encore "déchiré d'oreillers". 

Mais mon cœur est déjà pris par Depeche Mode : les seuls titres de Bashung que je possède sont ceux dont sont parsemées les compilations que j'achète à l'époque. 
Parce que l'on déménage sans cesse durant mon enfance et mon adolescence, je n'ai pas de tourne-disque (trop fragile), je n'utilise que des cassettes et je ne peux donc pas écouter de singles chez moi : la seule façon d'acquérir des morceaux de cette pop anglaise que j'adore, est de les guetter sur les compilations qui font florès dans les années 80.

Je n'ai jamais trop eu d'appétence pour la "chanson française", souvent trop vieillotte, trop variétoche ou juste mortellement ennuyeuse. Mes parents écoutent Brel, Brassens, Dumont, Sardou, Lama, Cabrel et parfois un peu les Rolling Stones ou les Pink Floyds (quand-même!).
Quand j'arrive à prendre les commandes de l'autoradio familial c'est principalement Depeche Mode qui occupe nos trajets : mes parents s'y sont, bon gré mal gré, habitués. 

Les rares chanteurs français qu'ils entendront par le fait de ma souveraine volonté seront Indochine (à chacun ses plaisirs coupables!), l'album Love on the beat de Serge Gainsbourg ('"Mais pourquoi elle crie comme ça, la dame ?") et donc quelques égarés de compilations, en général des clones jetables de la variété française. 
Mais aussi "SOS Amor" ou "L'arrivée du tour", plus tard je verrai passer "Osez Joséphine", "Madame rêve" et "Ma petite entreprise" dans "Top50. De là à dire que je suis "fan", il y a une distance que je ne franchirai que presque deux décennies plus tard.

Certaines rencontres ouvrent des portes, ouvrent l'esprit à de nouvelles influences. À Perpignan, le "Rép" au début des années 2000 est tenu par un couple, Laurence et Eric, qui à cette époque vont devenir mes amis. Quand vos amis aiment certains musiciens, cela pousse à porter une oreille différente sur leur travail. Marek m'a fait découvrir Depeche Mode dans les 80, Philippe m'a fait écouter Chet Baker dans les 90 : Laurence et Eric me feront écouter Alain Bashung dans les 2000.

Ironie : je commence à m'intéresser à son travail juste avant son décès en Mars 2009. Si l'on fait abstraction des titres les plus "pop" de sa discographie et même s'ils sont bons, c'est au tréfonds de ses quatorze albums que l'on trouve ses plus beaux textes, ses plus belles interprétations. 

Je suis très sensible à la mélancolie, à l'humour et à la sensualité qui construisent ses poésies. Au chapitre musical, le son Bashung est un fidèle reflet des époques qu'il a traversé, toujours en en gardant l'essence, l'esprit, sans verser dans la variétoche qu'il a toujours soigneusement évité. Son époque synthé années 80 est un grand bonheur à réécouter, pour moi, comme retrouver un Polaroid jauni entre les pages d'un vieux Métal Hurlant

Son blues des années 90/2000 m'émeut autant que les derniers albums de Johnny Cash produits par Rick Rubin : comme l'homme en noir, j'ai l'impression que Bashung n'a jamais courbé l'échine, qu'il est resté fidèle à lui-même jusqu'à la toute fin. 

Pour toutes ses raisons, et parce que sa musique accompagne souvent mes séances de dessin, j'ai eu envie de faire cet hommage posthume, à ma façon, sans éviter l'illustration, juste en acceptant l'image qui s'est imposé à moi.  

Mais ce n'est qu'un dessin.






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