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"Et la lumière fut."



Squares 1 / Page 9 -

Ce dessin est le premier du premier volume de la série Squares : "Squares : aphorismes graphiques". 

Ce n'est pas le premier à avoir été créé, mais lors de la mise en page de ce livre, j'ai jugé qu'il permettait d'entrer de plein pied dans mon univers. Il installe la stylistique que je respecte dans les 45 dessins constituant cet ouvrage ainsi que les 90 autres répartis sur les volumes 2 et 3 : structure de case de bande dessinée, dessin noir et blanc, texte en cartouche dans le coin supérieur gauche.

La bombe représentée dans cette image est celle qui est larguée sur la ville d'Hiroshima, au Japon, le 6 Aout 1945, tuant instantanément 70000 personnes et un plus grand nombre encore les mois et années suivantes des conséquences radioactives de son explosion. Elle s'appelle "Little boy" (petit garçon).

Elle est représentée durant sa chute, un instant avant l'explosion.

C'est probablement l'un des actes les plus dramatiques de l'histoire humaine, quand l'homme s'empare du pouvoir de l'atome et s'en sert d'abord pour détruire et tuer.

"Et la lumière fut" est une citation de la Bible (génèse 1:3), c'est par cette parole performative que le dieu de ce récit mythologique crée la lumière lors du processus de création de l'univers

Pourquoi confronter un mythe et un évènement historique ? Les génèses abondent dans l'histoire des religions : tenter d'expliquer le commencement du monde est un passage obligé pour quiconque affirme détenir "la" vérité. Ces mythes sont aussi variés que les cultures dont ils sont les produits, j'utilise comme référence celui auquel j'ai été le plus exposé.

Des genèses existent dans le monde réel. Qu'elles soient le point de départ d'un univers, d'une ère ou d'une civilisation, ces marqueurs chronologiques sont des points de rupture entre un "avant" et ce qui va suivre. Ces repères permettent de déterminer les grandes étapes de l'évolution des sociétés : des inventions, des cataclysmes, des batailles, des révolutions. 

Mettre en parallèle un meurtre de masse et le vrai commencement du monde, le Big Bang (une autre explosion nucléaire) par le biais d'un mythe, souvent meurtrier lui aussi, est une façon de créer une perspective presque fractale entre les différentes échelles de l'univers, de sa représentation, son appréciation. L'ironie est mordante, un grand flash de lumière créé l'ère atomique, achève la seconde guerre mondiale, démarre la guerre froide et génère une cascade de conséquences dont les effets sont encore sensibles à ce jour. 

Et tue des dizaines de milliers d'être humains immédiatement, à un endroit donné, puis des millions d'autres à travers le monde et le temps du fait de ses répercussions historiques, politiques et économiques : comme une réaction nucléaire dans laquelle chaque atome serait un être humain.

Mais ce n'est qu'un dessin.

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