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"Meanwhile in Collioure..."

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Collioure est un bel endroit, c'est indéniable. C'est aussi un aimant à touristes, ce qui est un excellent point pour l'économie locale, c'est aussi la raison pour laquelle je préfère ce village l'hiver. Le lieu, sa lumière, sa scénographie devait obligatoirement accrocher l'œil des artistes de passages, puis des résidents, ce qui fut fait il a y a déjà belle lurette.

Dessiner ou peindre Collioure est une forme d'incontournable pour quiconque s'essaye au dessin ou à la peinture figurative à ce bout-ci de l'arc méditerranéen français. C'est même devenu une petite industrie locale, avec quelques stakhanovistes du clocher qui produisent plusieurs images par jour aussitôt écoulées auprès des nombreux estivants qui arpentent les charmantes ruelles pavées du vieux village.

Alors, pourquoi faire une image supplémentaire, voire superfétatoire, de Collioure ? D'abord parce que j'en ai envie, ce qui en soit est une bonne raison, et puis parce que mine de rien, durant la trentaine d'été que j'ai passé à proximité des rives catalanes, j'y ai vécu quelques belles fêtes, quelques moments plus graves, aussi.

Lorsque j'arrive à Perpignan en 1992, je n'y connais personne : j'ai réussi le concours d'entrée des beaux-arts et je viens y faire mes études. La fille de l'intendant du lycée agricole que dirige mon père habite dans les parages, c'est donc muni de son numéro de téléphone "en cas de besoin" que je débarque en ville. Je ne la verrai qu'une seule fois. Elle décède peu de temps après d'une rupture d'anévrisme, son urne est immergée au centre du port de Collioure, ça sera ma première visite de ce joli village, pour y représenter mon père aux obsèques de la demoiselle.

Le 31 mars 2019, ma mère meurt dans un centre de soins palliatifs, au Boulou. Après avoir subit les formalités liées à son décès et avoir quitté mon père qui désire rester seul, ne sachant où aller, ma compagne et moi décidons de descendre sur la côte. La moto m'amène, presque involontairement, machinalement à Collioure. Nous y mangeons une crêpe en regardant passer les premiers touristes en short. Il fait beau. la vie continue.

Maintenant que j'ai cassé l'ambiance, pourquoi balancer des monstres marins dans cette pauvre baie qui ne m'a rien fait ? Parce que j'ai envie, aussi. Et puis parce que c'est une façon de décontextualiser le monument, avec une pointe de non-sens. Et comme, depuis Goldorak, j'adore les gros robots et leurs énormes ennemis autant se faire plaisir.

On dessine toujours avec tout ce que l'on est : même le paysage le plus neutre, même la blague la plus potache, même si je devais dessiner une petite cuillère, il y aurait toujours autant de "moi" dedans.

Mais ce n'est qu'un dessin... 

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